Articles

Préparation des campagnes de communication sociale pour le changement de comportement

Des campagnes de communication sociale pour le changement de comportement sont en cours de préparation dans les trois pays. Les stratégies retenues sont propres à chaque pays selon les besoins identifiés, la faisabilité des différentes approches envisagées et selon le calendrier de lancement des produits sur le marché.

Ces campagnes viseront à promouvoir les bonnes pratiques alimentaires identifiées comme prioritaires suite aux études de contexte conduites au début du projet, et en accord avec les politiques nationales de nutrition des trois pays. Elles cibleront prioritairement les femmes en âge d’avoir des enfants, notamment les femmes enceintes et allaitantes, ainsi que les parents des enfants de 6 à 24 mois. « Nous sommes en train de développer plusieurs types d’approches complémentaires afin de maximiser l’impact de ces campagnes sur les changements de comportement des cibles du projet envers une alimentation de qualité, diversifiée et équilibrée. Au travers de la composante de média de masse par exemple, nous espérons toucher un plus large panel de personnes qui influent directement sur les pratiques des bénéficiaires en termes d’alimentation, comme les maris ou la proche famille. Au Mali et au Burkina-Faso, nous sommes actuellement en pleins préparatifs d’un film sur les pratiques alimentaires adaptées pour les femmes enceintes et allaitantes et sur les liens avec la santé. Ces films seront diffusés au niveau national », explique Martial Pouret, Directeur du projet Meriem. Par ailleurs, le projet prévoit également une approche de proximité visant à sensibiliser directement les personnes influentes des quartiers ciblés (leaders des associations, agents de santé, chefs de quartiers, etc.), les femmes enceintes et allaitantes et leur mari, ainsi que les parents des enfants de 6 à 24 mois.

Ces campagnes de communication sociale pour le changement de comportement font partie intégrante du projet Meriem. Elles permettront de promouvoir une alimentation de qualité pour les femmes et les jeunes enfants et ainsi mieux faire comprendre l’intérêt des produits à forte valeur nutritionnelle et leur place dans un régime alimentaire équilibré et diversifié. De plus, combiner ces campagnes avec l’amélioration de l’offre disponible sur le marché de ces produits permet de maximiser l’adoption de meilleures pratiques alimentaires, constituant ainsi un puissant levier d’action de lutte contre la malnutrition.

Des solutions commerciales contre la malnutrition au Sahel

Le 17 octobre 2018, le Gret et la société de conseil Hystra ont lancé à Ouagadougou, au Burkina Faso, un projet de trois ans visant à démontrer comment et à quelles conditions des solutions commerciales peuvent contribuer à prévenir durablement la malnutrition, sous toutes ses formes, dans les grandes villes du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Le projet Meriem (Mobiliser les entreprises sahéliennes pour des réponses innovantes et à large échelle contre la malnutrition), financé par l’Agence française de développement (AFD) et la Fondation Bill & Melinda Gates, est mis en œuvre par une alliance multi-acteurs composée de professionnels du développement, de la recherche et du conseil aux entreprises.

Les 1 000 jours, une période clé pour prévenir la malnutrition, notamment en milieu urbain

Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, 21 à 42 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique. Elle a des conséquences irréversibles si elle survient pendant la période des « 1 000 jours », correspondant à la période du développement de l’enfant, du premier jour de grossesse jusqu’à l’âge de deux ans. Les aliments fortifiés manufacturés de qualité ont un fort potentiel pour contribuer à prévenir la malnutrition des jeunes enfants et de leurs mères sur cette période clé, en apportant une valeur nutritionnelle adaptée à leurs besoins. Cela est d’autant plus vrai dans les grandes villes sahéliennes où les citadins ont l’habitude de consommer des aliments manufacturés et où la population des quartiers précaires est en augmentation constante.

Pourtant, les entreprises sahéliennes ont encore des difficultés à produire et distribuer à grande échelle des aliments fortifiés de qualité, sur un marché qui leur semble complexe et peu favorable. Une offre locale existe, mais elle est insuffisante pour couvrir durablement les besoins de la population, et les produits importés sont inaccessibles financièrement à la majorité de la population.

« Nous avons constaté que les aliments fortifiés font partie des solutions efficaces pour lutter contre la malnutrition dans notre pays, en particulier en ville où les aliments manufacturés sont entrés dans nos habitudes alimentaires », explique Bertine Ouaro, directrice de la nutrition au ministère de la Santé burkinabé.

Une solution innovante et durable qui mobilise les entreprises

En suscitant l’adhésion des acteurs publics et privés de la nutrition, et avec des mécanismes de marché pérennes, il est possible au Sahel d’étendre l’offre d’aliments fortifiés manufacturés, de qualité, et accessible au plus grand nombre. Fort de cette idée, le Gret lance le projet pilote Meriem (Mobiliser les entreprises sahéliennes pour des réponses innovantes à large échelle contre la malnutrition).

Ce projet relève le défi de concilier objectif social et rentabilité économique à grande échelle dans trois pays. Il veut démontrer comment et à quelles conditions des solutions commerciales peuvent contribuer à prévenir durablement la malnutrition. Des innovations en matière de commercialisation seront testées et déployées avec des entreprises sahéliennes à fort potentiel, sélectionnées pour leur double intérêt à se lancer sur un marché porteur, tout en contribuant à un enjeu de santé publique. Ces innovations s’accompagnent d’actions indispensables d’appui au secteur public pour la mise en œuvre d’un cadre règlementaire adapté (normes qualité, Code international de l’OMS, etc.) et à la promotion d’un label qualité, permettant d’encourager les entreprises à se mobiliser tout en encadrant leur action. Cette approche s’accompagne d’actions de sensibilisation à l’allaitement maternel exclusif, à la diversification alimentaire et à la poursuite de l’allaitement maternel jusqu’à l’âge de deux ans ou plus, en lien avec les acteurs publics de santé, avec la préoccupation d’encourager ces bonnes pratiques fondamentales en matière d’alimentation pendant la période de 1 000 jours.

Un projet pilote à large échelle

Ce projet, piloté par le Gret et Hystra, réunit un pool d’experts internationaux du monde des ONG, de la recherche et du conseil au secteur privé – l’Institut de recherche et d’applications des méthodes de développement (Iram)Initiatives Conseil International (ICI), l’Institut de recherche pour le développement (IRD)Ogilvy Change et ThinkPlace. D’une durée de trois ans (juin 2018-mai 2021), il bénéficie du soutien de l’AFD et de la Fondation Bill & Melinda Gates pour un budget total de 14,2 millions d’euros. Avec une direction projet basée à Ouagadougou et des équipes projets dans les trois pays, ce consortium hybride travaillera sur trois grands volets d’activités :

1.Développer une offre locale d’aliments fortifiés de qualité

Gret Laafi benre, NutriFaso
  • Concevoir des produits adaptés aux besoins nutritionnels des enfants de 6 mois à 2 ans et des femmes en âge d’avoir des enfants, conformes aux habitudes alimentaires, respectant les normes et recommandations internationales, et accessibles à la plus grande partie de la population.
  • Accompagner des entreprises sahéliennes sélectionnées, ayant le potentiel pour produire et distribuer les produits à grande échelle.

 

 

2.Déployer une approche commerciale innovante

Commercialisation d’aliments nutritionnels Burkina Faso
  • Susciter l’intérêt des familles pour ces produits adaptés aux besoins des femmes et des enfants de 6 mois à 2 ans.
  • Encourager la consommation régulière et par le plus grand nombre de ces produits.
  • Tester des stratégies de distribution à grande échelle, des grands distributeurs aux réseaux de proximité.
  • Sensibiliser la population à la nutrition, en partenariat avec l’Etat et des acteurs locaux.
  • Promouvoir un label qualité.
  • Appuyer l’Etat et les entreprises pour le respect des normes qualité et du Code international de l’OMS.

3.Evaluer et capitaliser les résultats

  • Evaluer les chemins d’impact du projet, capitaliser la démarche et les résultats.
  • Documenter les conditions pour la réussite de cette approche, identifier les limites, mettre en débat.
  • Susciter l’adhésion des parties prenantes en diffusant et faisant reconnaître les mérites de cette approche.

En travaillant en milieu urbain, ce projet veut répondre au défi de la bonne alimentation en ville, où peu de projets se développent malgré l’augmentation rapide de la population dans les quartiers précaires. Il vise à prévenir la malnutrition sous toutes ses formes en mobilisant les entreprises pour assurer au plus grand nombre un accès durable à des produits fortifiés de qualité.

Le projet a été lancé officiellement le 17 octobre à Ouagadougou pour le Burkina Faso, à l’occasion du deuxième comité de pilotage du projet. Cette cérémonie de lancement s’est tenue en présence des représentants de l’AFD et de la Fondation Bill & Melinda Gates, de Philippe Chedanne, délégué régional Grand Sahel de l’AFD,  de Ella Compaore, secrétaire technique en charge de l’alimentation et de la nutrition au ministère de la Santé, de Nana Thiombiano, représentante de la Direction de la Nutrition, de Salamata Ouedraogo, représentante de la Direction générale de la promotion des entreprises au ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, de Pierre Jacquemot, président du Gret et des représentants des ONG, des Nations Unies, des entreprises et du secteur bancaire, et du laboratoire national de santé publique.

Le lancement des activités au Burkina Faso sera suivi du lancement des activités dans les deux autres pays d’intervention du projet, au Mali et au Niger, dans les prochains mois.

Plus d’informations sur la page projet Meriem
Consulter la plaquette du projet
Lire le communiqué de presse et le dossier de presse
Visiter le site Nutridev.org

Distribution des aliments fortifiés pour les femmes et jeunes enfants à Ouagadougou

ICI, partenaire burkinabé du projet MERIEM, a réalisé une étude en janvier 2019 pour cartographier les points de vente d’aliments fortifiés destinés aux femmes et aux jeunes enfants à Ouagadougou. L’objectif : mieux connaître les modes de commercialisation de proximité de ces produits dans la capitale burkinabé.

ICI a déployé des enquêteurs dans 181 points de vente de la ville. Très petites boutiques, petites boutiques, moyennes et grandes boutiques, mais aussi pharmacies : ils ont visité différents espaces de distribution de proximité et constaté que seuls 14% d’entre eux commercialisent des aliments fortifiés pour enfants, qu’ils soient locaux ou importés. Un constat qui révèle la faible disponibilité de ces produits pourtant importants pour prévenir la malnutrition infantile dans les villes africaines.

Une fois cartographiés, l’ONG s’est intéressée au profil des lieux de vente. Une étude qui contribue à la série d’enquêtes préalables menées par les partenaires du projet MERIEM, sur les solutions commerciales de prévention contre la malnutrition dans les villes sahéliennes.

Mariam Bouda, mère de famille à Ouagadougou, quartier de Sir-Noghin

« Pour ma dernière enfant, j’ai commencé à donner de la Phosphatine. Elle avait 18 mois. Mais elle pouvait consommer trois boites par semaines, et la boite coûte entre 1000 et 1250 francs CFA ! Par manque de moyens, j’ai arrêté et je continue à lui donner la bouillie traditionnelle que les femmes font chaque matin. Ce serait très très important qu’on ait de la bouillie de qualité dans les quartiers que l’on trouve dans toutes les boutiques du coin et à moindre coût. Si on a ces bouillies enrichies dans les boutiques du quartier, cela va beaucoup aider les mamans. Cela permet d’aller l’acheter et continuer les tâches ménagères, et cela évite aussi d’envoyer les enfants pour aller acheter. En plus, ça évite qu’on réveille les enfants très tôt le matin pour aller s’aligner et acheter les bouillies traditionnelles au bord des voies. C’est une solution que toutes les mères rêvent aujourd’hui. »

Source : propos recueillis par le Gret au Burkina Faso.

Noélie Ouedraogo, présidente de l’association SAGL-Taaba, Ouagadougou, quartier de Sir-Noghin

« La situation de la malnutrition est vraiment préoccupante, un enfant sur trois souffre la malnutrition dans ce quartier. Sir-Noghin est un quartier périphérique, l’accès à l’information mais aussi aux aliments qu’ils faut donner aux enfants est un problème. L’ignorance des bonnes pratiques alimentaires est la cause principale de la malnutrition. Il y en a qui payent pour des aliments industriels importés, mais ils sont peu nombreux dans les quartiers. »

Source : propos recueillis par le Gret au Burkina Faso.

Explorer les pratiques de consommation des femmes et des jeunes enfants

Entre septembre et novembre 2018, l’Iram, partenaire du projet MERIEM, a réalisé une étude à Ouagadougou, Niamey et Bamako, pour explorer les pratiques de consommation des femmes en âge d’avoir des enfants, et des jeunes enfants de 6 à 24 mois.

Une malnutrition multiforme

L’étude souligne le caractère multiforme de la malnutrition en ville au Sahel. La sous-nutrition entraîne un retard de développement de l’enfant et une santé fragile, qui se répercute d’une génération sur l’autre et alimente le cercle vicieux maladie-pauvreté-malnutrition. Mais la sous-nutrition n’est pas le seul défi au Sahel : la sur-nutrition et les troubles qui y sont associés sont une priorité majeure en ville. Goût pour les aliments frits, boissons sucrées dès le plus jeune âge, sédentarité, grignotage…  L’étude met en évidence, en particulier à Bamako, des pratiques de consommation qui expliquent l’émergence de la malnutrition par excès en milieu urbain.

Le goût, le prix, l’avis des pères de famille, la disponibilité des produits, la publicité : autant de facteurs décisifs sur les choix alimentaires et nutritionnels des familles qui ont un impact fort sur la qualité de leur nutrition.

Une analyse de la demande pour les femmes et les enfants en bas-âge

La bouillie est le repas privilégié des 6-12 mois, mais elle n’est pas toujours fortifiée en réponse aux besoins nutritionnels des enfants, et souvent servie « à la demande ». Le grignotage et les en-cas font partie de la consommation régulière des tous-petits.

Les mères de jeunes enfants prennent en général leur repas à la maison, en famille. Les étudiantes déjeunent le plus souvent à l’extérieur. Le petit déjeuner est souvent délaissé ou décalé dans la matinée : une pratique qui contribue à l’anémie des jeunes filles. Quand elles sont enceintes, les femmes bénéficient d’une plus forte attention de leur mari qui se soucie de leur alimentation, pour la bonne santé de la mère et de l’enfant.

Des habitudes alimentaires dont le projet MERIEM devra tenir compte pour proposer des produits qui plaisent aux consommateurs urbains tout en améliorant la santé nutritionnelle des femmes et des jeunes enfants, dans les villes sahéliennes.